La solution à la crise ? L’économie systémique

Voici un article tout-à-fait passionnant écrit par Chantal Gensse, qui non seulement fait des recherches depuis de nombreuses années.  Elle a mis en pratique ses trouvailles dans plus de 100 cas concrets sur le terrain. Il s’agit ici certainement d’une des personnes les plus routinées dans la compréhension concrète de ce que cela veut dire que d’activer l’écosystème d’une entreprise, tout cela avec un vrai succès mesurable. N’hésitez pas à consulter les nombreux ouvrages de référence qu’elle a commis 🙂

Bonne lecture !

Michel de Kemmeter

Fondateur de UHDR UniverseCity

Voici sa bio:

Ancien chercheur au CNRS en France puis au sein de Dupont de Nemours aux USA, Chantal devint ensuite consultante en transfert de technologies aux USA, au Canada et en Europe avant de devenir consultante en stratégie à la fin des années 80 par passion pour le fonctionnement des systèmes socio-économiques en général et des entreprises en particulier. Chantal Gensse accompagne également des sportifs de haut niveau de renommée internationale ( comme Amélie Mauresmo ou François Gabart ) et des personnalités politiques.

Chantal Gensse est auteure de plusieurs ouvrages de référence au sujet de l’entreprise systémique et conférencière (ESCP, Comité Medicis, EPF, INSA, IAE, etc) et diplômée en médecine chinoise. Les 20 années de recherche et d’expérimentations qu’elle a menées l’ont amenée à comprendre et à mettre au jour le fonctionnement détaillé des systèmes entreprises. Le modèle systémique qui en découle, Expert 5ATM  est au coeur de l’expertise du cabinet qu’elle a fondé et qu’elle préside. Chantal Gensse est ingénieur, titulaire d’un doctorat français de l’université d’Orsay et d’un doctorat américain de l’université de l’Illinois (PhD).

Et son article récent dans le blog du journal Les Echos:

La solution à la crise ? L’économie systémique

LE CERCLE. (par Chantal Gensse, Gensse & Associates) – Seule une économie en rupture avec celle qui existe nous sortira de la crise chronique dans laquelle l’humanité s’est empêtrée. Au terme de vingt ans de recherche sur les mécanismes systémiques appliqués aux entités sociales, dont plus de dix ans d’expérimentation en entreprises, il est démontré qu’il existe une autre façon de faire du business.

On nous parle de régulation de l’économie financière, de réduction des dépenses publiques, et parfois même de support des PME dont on reconnaît le rôle essentiel dans une économie locale. On aspire à une saine croissance, mais sans trop savoir comment la recouvrer depuis que la perversité du mécanisme d’endettement a été mise au jour aux yeux de tous. Certains implorent une intervention plus radicale des états. D’autres réclament une élévation de notre niveau de conscience collective. Enfin, certains espèrent que l’émergence d’une technologie disruptive puisse nous sortira de là…!

Le principe systémique

Bien que la littérature occidentale couvre très abondamment le sujet qui nous intéresse ici, les mécanismes responsables du fonctionnement des systèmes (organiques ou sociaux) sont restés inconnus. Mes vingt ans de recherche m’ont amenée à comprendre ces mécanismes d’une manière générale (adaptation, croissance, efficience), puis à comprendre comment ils s’appliquent aux entités sociales. Voici, en résumé, les principaux points à retenir :

– Le fonctionnement des écosystèmes sociaux est identique à celui des écosystèmes biologiques : recherche permanente d’efficience (moindre effort), équilibre prédation/coopération, croissance adaptative, intégration

– Une entité acquière sa dimension intégrée grâce à l’action simultanée de cinq fonctions systémiques liées par une mécanique systémique invariante

– Dès qu’un système est constitué, il ne peut que croître ou disparaître

– La croissance d’un système est de nature adaptative

– Un système ne prospère que lorsqu’il s’intègre de manière win-win dans son éco-système

J’ai pu démontrer que ce qui différencie un système social humain de tout autre système du monde du vivant, est que si les principes systémiques sont identiques, il est possible pour les systèmes sociaux humain d’exister sans complètement et sciemment respecter ces principes systémiques. Cela ne va pas sans conséquences négatives… Et c’est bien ce que nous observons avec la modalité de croissance expansionniste qui caractérise notre économie de ces dernières décennies. A l’inverse, le principe fondateur d’une économie systémique, qui doit impérativement être posé comme cadre si nous voulons nous sortir de ce chapelet de crises, est le suivant : nous vivons dans un système fermé, et par conséquent, toute activité qui s’y déroule doit « obéir » aux règles systémiques.  Lorsque cela n’est pas le cas, on observe ce que j’appelle une « rupture systémique », laquelle peut se manifester sur les deux plans, physique et social. Des exemples de rupture systémique économique sont nombreux : problèmes environnementaux, disparition des classes moyennes, gaps générationnels, croissance (adaptative) en berne, etc. Je souligne ici qu’il s’agit bien d’exemples de rupture systémique et non de fatalité. Notons également qu’une rupture systémique profite toujours à un petit nombre.

La réparation systémique, c’est-à-dire le rétablissement d’une économie sur des bases systémiques, est possible. Ces connaissances nouvelles sur le fonctionnement interne des systèmes, ainsi que sur leur interaction avec leur éco-système, offrent en effet la possibilité d’un véritable changement de paradigme, même si elles sont sophistiquées et qu’elles requièrent un véritable changement de pensée. En effet, si la pensée linéaire occidentale s’intéresse aux mêmes « objets » sociaux que la pensée systémique, ce sont les liens fonctionnels qui unissent ces objets les uns aux autres qui constituent le fondement de cette dernière. C’est en cela que cette pensée du lien constitue une véritable référence nouvelle.

J’insiste ici sur le fait que mes travaux portent bien sur des mécanismes systémiques, et qu’il est donc possible –comme l’expérience de mon cabinet le montre- d’agir dessus en pleine connaissance de cause. En effet, par ‘déformation’ professionnelle, l’expérimentation a toujours été centrale à ma démarche (elle l’est également pour mes associés). A aucun moment des principes de fonctionnement énoncés dans mes travaux pourraient ne pas avoir été dûment testés par l’expérience.

Deux mondes parallèles

Comme chacun sait, il existe à l’heure actuelle deux économies parallèles : une économie des marchés et l’économie dite réelle, qui elle, est bien une économie de marché.

L’économie des marchés financiers a pour récente raison d’être de déplacer et concentrer les richesses en des lieux sûrs. Elle est décrochée de la réalité et entretient une dynamique interne qui lui est propre. La spéculation, modalité de fonctionnement de cette économie, exige une croissance expansionniste des entreprises cotées, ainsi qu’une volatilité des marchés, volatilité qu’elle sait provoquer quand il le faut (rumeurs, short selling, etc.). A ceux qui expliquent que grâce aux marchés, les entreprises cotées peuvent financer leur développement, je répondrai que la réalité est toute autre pour deux raisons. La première est que la croissance dont il s’agit est de type expansionniste : acquisitions et internationalisation, la croissance organique de ces entreprises étant alors compensée par les délocalisations (déplacement des richesses). On peut alors parler d’accumulation, mais pas de croissance. La seconde est que la notation d’une entreprise qui s’engage dans une phase de croissance « vraie » est le plus souvent dégradée car jugée trop risquée… On peut donc bien parler de spéculation, et non d’investissement. Dans la réalité, la pression d’une exigence de croissance à deux chiffres prend vite le pas sur le désir initial de développer l’entreprise. Seuls les plus grands groupes sont capables de répondre à une telle exigence de croissance (expansionniste) et de tirer leur épingle du jeu. Bien que décrochée de l’économie réelle, l’économie financière imprime à l’économie réelle, ainsi qu’aux territoires (**) où cette dernière est implantée, un rythme de croissance parfaitement artificiel. Certes, il est bien compris ici que grâce à cette économie des marchés, nombreux dans le monde sont ceux qui peuvent financer leurs retraites, ou –a minima- conforter leur pouvoir d’achat. Mais le prix à payer est élevé (une classe moyenne, normalement motrice d’ascension sociale, qui s’appauvrit pour assurer santé et vieux jours), et ce n’est pas le seul moyen.

L’économie réelle a pour raison d’être de créer de la richesse : elle transforme de la matière (dont l’« idée ») en biens matériels ou immatériels. Par la mise en relation de ces biens (objets ou services) avec un marché, et selon un mécanisme typiquement systémique d’offre et de demande, cette économie assure la croissance des territoires et de leur habitants. Cette économie repose sur l’intelligence entrepreneuriale propre à l’humain, ainsi que sur l’intelligence et l’huile de coude de ceux que l’on appelle ‘travailleurs’. Bien évidemment, sa croissance repose sur la capacité des entreprises à proposer une offre en phase avec les demandes (besoins ou désirs) de leur marché.

En fait, jusqu’à là, je n’expose rien de nouveau. D’aucun y verront une posture idéologique, d’autre une description peut-être plus anthropologique de ce qui nous entoure. Pour trancher, il est nécessaire de pousser l’analyse un peu plus loin… C’est dans cette analyse que réside la rupture économique proposée ici.

L’économie (vraiment) systémique

Retenons ici ce que l’expérience des entreprises systémisées (***) montre à ce jour:

  • Leur profitabilité augmente de manière significative (la rémunération de notre cabinet repose d’ailleurs sur cette croissance). Ceci est aisément expliqué par les facteurs suivant : meilleure efficience, adaptation plus fine aux marchés naturels pour ces entreprises, créativité accrue (une caractéristique systémique !)
  • Leur croissance est de nature différente : on observe une maturation ‘sociale’ en addition à un accroissement des revenus financiers. Cela s’explique par le fait que comme dans tout système social normalement constitué, la chaîne des responsabilités est rétablie. Les notions de hiérarchie et de casting des compétences sont profondément transformées, et les liens sociaux modifiés
  • Leur besoin en financement est bien moindre, mais avec des ROI mieux sécurisés et accélérés. Les conditions de croissance adaptative étant rétablies par la mise en résonnance des créneaux les plus réactifs et des intelligences internes, la stratégie de croissance est établie sur des bases rationnalisées. L’investissement n’a plus un rôle compensatoire.
  • Leur responsabilité sociale est de fait rétablie car elle est le moteur de croissance adaptative : on ne peutsystémiser une entreprise sans rétablir la chaîne des responsabilités. Cela entraine une posture sociétale de l’entreprise plus conforme à ce que l’on appelle de nos jours la RSE
  • Leur intégration dans leur écosystème se fait sur des bases bien plus matures : recherche du win-win. De par sa rapidité, c’est probablement l’un des aspects les plus surprenant du travail de systémisation. Les liens aux investisseurs, banques, fournisseurs et, évidemment aux clients sont rétablis sur des bases plus justes et certainement plus fructueuses.
  • La gouvernance de ces entreprises évolue rapidement également. Les fondamentaux systémiques étant rétablis, les responsabilités des uns et des autres sont redistribuées de manière plus rationnelle. Notons que l’approche systémique requière que chaque personne impliquée dans l’entreprise soit entièrement responsable du poste qu’elle occupe. Cela vaut également pour le dirigeant. Dans cette logique de travail, il n’est pas concevable qu’un individu – dirigeant ou actionnaire majoritaire- puisse bloquer pour une raison ou une autre l’évolution de l’entreprise systémisée Il y va de la préservation du bien social que celle-ci constitue.
  • Le processus de systémisation est relativement rapide. On observe deux phases de croissance. Un bond dans les toutes premières semaines d’intervention. Puis, une consolidation dans les 12 à 18 mois qui suivent.

Que nous montre cette expérience ? Tout d’abord, elle montre que la recherche d’une croissance adaptative est possible et payante ! Elle montre également que le fait de réparer un élément du système (entreprise) influe directement et positivement sur l’éco-système (autres acteurs). Enfin, elle montre que la systémisation d’une entreprise entraine une maturation (salutaire) des liens sociaux.

Ce qui est expliqué ici est qu’il est parfaitement possible de rétablir notre activité de création de richesses dans sa nature systémique. Il est donc possible de réintégrer notre activité dans le système fermé dans lequel nous vivons, et ainsi, de lui redonner toute la place qui lui revient. CQFD.

Revenons à nos deux économies. Nous avons bien à faire à deux économies qui se distinguent par leur nature profonde :

– L’une qui ne crée pas de valeur et repose sur une rupture systémique

– L’autre qui crée de la valeur et possède une dimension systémique intrinsèque sans pour autant respecter les principes systémiques d’une croissance adaptative

Aujourd’hui, il est démontré qu’il est possible de rétablir l’élément essentiel de notre économie –l’entreprise- dans sa vraie dimension systémique.

Alors, changer notre manière de faire du business… Utopie ou réalité ?

Réalité !

« On ne règle pas les problèmes avec ceux qui les ont créés » disait Einstein… Nous ne pouvons exiger une régulation des marchés financiers pour la bonne raison que ses principes de fonctionnement reposent précisément sur des mécanismes de dérégulation : croissance expansionniste, spéculation et volatilité. Prétendre qu’une régulation est possible relève donc d’une imposture intellectuelle. En réalité, nous ne pouvons que supprimer les marchés financiers, ou faire avec… Entrer en bourse est un choix que certaines entreprises font, et nous devons respecter ce choix même si ce faisant, elles deviennent l’objet de spéculation, et perdent de ce fait leur dimension sociale. Mais c’est un choix…

Il nous faut donc créer un éco-système alternatif, capable de côtoyer le marché financier, tout en produisant les richesses (matérielles et sociétales) nécessaires à assurer une qualité de vie pour le plus grand nombre. Pour ce faire, nous devons satisfaire plusieurs exigences :

La première est d’établir une masse critique d’entreprises de croissance adaptative sur chaque territoire afin de ré-enrichir ceux-ci : rétablir un éco-système sain dans les pays riches qui se paupérisent, et établir une modalité de développement responsable dans les territoires émergents avant que les erreurs du passé ne soient répétées. Le principe est simple : les mécanismes systémiques ont pour particularité que dès lors qu’on répare un niveau de fonctionnement d’un écosystème, c’est tout l’écosystème qui se répare à son tour. Ainsi, plus il y aura d’entreprises à croissance adaptative sur un territoire, et plus l’éco-système deviendra lui-même adaptatif, avec pour conséquences :

– L’enrichissement des acteurs du territoire sur les deux plans sociétal et matériel (nous noterons que la maturation sociale entraîne une mutation inéluctable des besoins des individus)

– La création de plus d’entreprises car l’éco-système se diversifiera par le fait que la croissance adaptative amène les entreprises à s’adresser à des créneaux plus réactifs et donc plus étroits. Le phénomène d’écrasement du marché disparaîtra.

Je n’ose suggérer de faire de la systémisation des entreprises une politique publique, mais j’avoue que j’en rêve… En effet, il est indispensable d’accélérer ce processus afin que notre économie (sous ses deux facettes micro- et macro-) redevienne adaptative. A mon sens, seule une politique publique peut permettre de rétablir une économie ancrée dans son territoire autant qu’ouverte à la globalisation. C’est le sens de l’histoire de l’avis de tous ceux qui ont pris connaissance de mes découvertes. Notez qu’il ne s’agit pas de revenir à une planification de l’économie et autres déviances étatistes. L’idée serait de promouvoir cette transformation et de la faciliter, mais surtout pas de la diriger. C’est bien d’une forme nouvelle de capitalisme dont il s’agit ici, pas de la promotion d’un quelconque étatisme.

La seconde exigence est d’instaurer un mécanisme win-win de financement de la croissance adaptative des entreprises de manière à ce que tous les acteurs de l’écosystème profitent de cette croissance : dirigeants, entreprises (bien social) et investisseurs (ou prêteurs). Je renvoie à d’autres entrées de mon blog, ou à mon dernier ouvrage, sur la manière dont les différents acteurs de l’éco-système peuvent interagir afin d’amener les ressources là où elles sont attendues pour aider à la croissance.

Enfin, La troisième exigence est de mutualiser certaines dépenses vitales (santé et vieillesse). Ceci est un tout autre sujet, mais j’attire l’attention sur le fait que le processus de ‘mutualisation’ est typiquement systémique par nature.

En conclusion…

Avant toute chose, je tiens à préciser que tous les clients de mon cabinet ne viennent pas à nous dans une démarche politique, mais bien pour instaurer une modalité de croissance pérenne autant que responsable dans leurs entreprises. Ceci étant précisé, l’expérience acquise avec ces dirigeants et leurs collaborateurs montre que changer notre façon de faire du business est non seulement urgent, mais que c’est possible ! Les transformations observées sur le terrain montrent qu’une autre modalité de croissance, et donc d’enrichissement, est entrain d’émerger sous nos yeux : plus de responsabilisation à tous les niveaux, des relations éco-systémiques plus matures, un enrichissement humain remarquable, etc. Même si le chemin est encore long, la preuve par le terrain est faite qu’une autre forme de capitalisme est possible…

Chantal Gensse PhD

(*) Voir mon dernier ouvrage « L’entreprise Insoumise » pour plus de détails ; disponible sur www.lulu.com

(**) Dans le modèle présenté ici, un Territoire pour lequel les fonctionnalités suivantes sont activées :compétitivité, productivité, mesure des risques, maturation sociétale et liens sociaux/environnementaux. Ce sont ces cinq fonctionnalités qui lui confèrent sa dimension systémique. En théorie (c’est donc un objectif) un territoire se caractérise par une forte propension entrepreneuriale puisque les conditions de création de valeur sont constitutives de tout territoire.

(***) Lorsque mon cabinet « systémise » une entreprise, nous appliquons une méthodologie de travail (Expert 5A) qui découle directement des connaissances systémiques évoquées ci-dessus. Notre technique d’élaboration d’une stratégie (et structuration) adaptative est expérimentée et rodée depuis plus de 10 ans, et l’on peut dire qu’elle a trouvé sa ‘plénitude’ depuis l’automne 2010. Elle est parfaitement bien comprise et acceptée par nos clients.

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